Le joueur de xylophone

Parfois, il est là, mais plus souvent, il n'est pas là. C'est pas grave, même absent, j'ai ses airs dans la tête.

Depuis le haut de l'escalier, là où je peux entendre les premières notes, je tends l'oreille, consciemment mais plus souvent inconsciemment.

Il joue des airs gais, vifs, entraînants. Il est vigoureux, presque gesticulant, ses deux mailloches toujours en mouvement. Assis par terre, le xylophone entre les jambes, je me demande quel genre de musique il a dans la tête, quel genre de pensées positives il garde à l'esprit pour créer des airs aussi euphorisants.

Moi, je sors du métro, que j'ai pris au sortir du tram, j'ai déjà monté un escalier, passé un portillon, enfilé des couloirs, descendu un autre escalier avant de le voir. Je ne passe pas devant lui, je tourne à gauche pour prendre l'escalator et le RER juste avant de l'atteindre.

Moi, je suis dans le train-train des transports, dans l'enfilade des changements, dans le calcul du placement sur le quai qui me met face à la sortie, dans l'optimisation du trajet, le détour qui évite des escaliers, le coup d'oeil machinal vers l'écran pour vérifier l'heure du prochain train, le passe Navigo dans la poche extérieur pour éviter de le sortir du sac, le mépris du mendiant-sourd-qui-en-fait-fait-parti-d'un-réseau-et-ne-parle-pas-la-langue, qui pose ses messages sur les sièges, la haine de l'accordéoniste et de ses flonflons.

Moi, je suis dans l'engrenage, et lui, il est la goutte d'huile qui me fait continuer mon chemin avec un sourire.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://www.maicalya.fr/?trackback/959

Fil des commentaires de ce billet